Chapitre 1 : Un enfant pas comme les autres

Le jeune Jean-Mohamed descendait de sa chambre à sept heures tapantes du matin et décida, pour changer, de verser du lait froid sur sa part de saucisson premier prix qu’il avait reçu pour Noël de la part d’un certain oncle éloigné.

Heureusement qu’il n’y a pas de halouf dans le cochon se dit Jean-Mohamed en se servant un grand verre de sa spécialité : un mélange de jus de cranberry avec du Jack Daniel’s sans alcool.

En effet le jeune Jean-Mohamed était dorénavant un fervent adepte de la religion musulmane, qui interdit la consommation de porc en dehors des fast-foods et des périodes de galères dans le tram.

Ce saucisson avait un goût de sperme caillé se dit alors notre protagoniste en hésitant entre sa collection de livre. Il s’arrêta à plusieurs reprises sur des exemplaires tels que Critiques de la raison dialectique de Jean-Paul Sartre, Procédure Avancée et Axiomes de L. Ron Hubbard ou La Monnaie et le Gouvernement de Murray Rothbard.

Préférant choisir une lecture plus provocatrice, il prit une œuvre au hasard dans sa collection de Dora l’exploratrice.

Ouvrant son livre de manière distraite, Jean-Mohamed continua à manger son saucisson au lait froid qui avait un goût de sperme.

Jean-Mohamed avait pris sa décision : il allait devenir musulman.

Cette décision subite étonna drôlement ses parents, qui étaient mormons et très pratiquant. Mais après tout, sa crédibilité passait avant les croyances familiales et il souffrait déjà les médisances d’avoir un frère semi-trisomique.

C’est pour ça que j’arrive pas à pécho, nous expliquait Jean-Mohamed. Ayant terminé son petit déjeuner il débarrassa son assiette à son habitude, c’est-à-dire en laissant ses couverts à tremper dans la cuve des toilettes.

Jean-Mohamed avait poussé sa croyance musulmane jusqu’à interdire le cochon à table, affubler ses poupées gonflables de burqa et renommer son frère Charles-Édouard de Zehef en un prénom très à la mode : Youssef.

Jean-Mohamed monta alors dans la salle de bain et fit sa toilette matinale, qui consistait en se passer du déodorant sur la tête (il ne s’était plus lavé depuis qu’il avait découvert cette technique), se brosser les dents avec une solution émulsifiante et se teindre les cheveux en noir avec une solution douteuse acquise auprès d’un certain oncle Barnabé (le même qui lui avait filé du saucisson).

Ses cheveux naturels d’un blond éclatant allaient mal avec sa nouvelle réputation de « racaille des préaux ».

Jean-Mohamed lut brièvement la notice d’avertissement à l’arrière de la boite de teinture. « Peu provoquer l’alopécie ».

C’est bon, se dit-il, je vais pas devenir chauve à 30 ans non plus. Jean-Mohamed avait horreur de l’hygiénisme mal placé. Et de manière générale il avait horreur de l’hygiène tout court.

Un grand bruit de tapage se fit entendre dans la chambre à côté de la salle de bain. C’était son frère Youssef alias Charles-Édouard de Zehef qui venait de s’éveiller.

Jean-Mohamed avait finit de mettre son ticheurt Nike. Lorsqu’il portait se ticheurt fétiche (c’est-à-dire tout le temps sauf pour se branler) Jean-Mohamed se sentait invincible : il était devenu un autre homme.

En fait il avait même demandé à ses potes de le surnommer… Morsay !

Un nom sensé faire régner la terreur dans les cours de récréations et les postes de police.

Du haut de ses onze ans, Morsay n’avait peur que d’une seule chose : que le grand halouf se venge sur sa collec’ de Pokémon.

Huit heures moins quinze, il avait le temps. Il devait rejoindre son pote Samir à neuf heures trente à la gare Villier le bâtard qui se trouvait à 2 000 mètres de chez lui.

Il décida pour passer le temps de sortir se promener, mais pas trop longtemps pour pas rater son rendez-vous et surtout pour pas se faire racketter par les grands. En effet Morsay vivait dans le quartier le plus chaud du village le plus chaud de la commune la plus chaude… en fait il vivait dans le Gers, mais c’est vrai qu’il faisait chaud parfois (surtout qu’on était en plein mois d’Août).

Cette considération géo-temporelle fit frémir Morsay qui se rappela que dans moins de deux semaines il devra retourner à l’école.

Morsay détestait l’école, et à juste titre car l’école le détestait aussi.

Mais cette année ça allait être différent, il allait se venger de tous les racistes et de tous les jaloux qui l’avaient insulté sur le net.

Cette année ça allait être la vengeance ! Qui se mange sec au petit déjeuner !

C’était d’ailleurs pour ça qu’il avait rendez-vous avec Samir. Il se dirigea alors vers la gare.

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